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Ce bel essaim d'abeilles noires était très calme et je l'ai donc choisi pour réaliser la photo du bas de page "qui sommes-nous".


Un cadre de couvain de mellifera mellifera.


Une reine mellifera mellifera et sa cour (remarquez l'abdomen "cuivré").


On voit ici une abeille avec un abdomen noir caractéristique de cette race.


Une reine mellifera ligustica et sa cour.


En Grèce, observation de la mellifera cécropia.


Une reine OFA*1.


Un cadre de couvain OFA.


Une butineuse OFA.


Un beau cadre de couvain et une population hybride, inhomogène dans son aspect, sa couleur.





Comme toujours sur apistory, les informations publiées sont le fruit du mélange de mes expériences personnelles mâtinées de connaissances acquises auprès d'une multitude de sources (livres, revues, formations, échanges avec d'autres collègues, présentations lors de colloques ou d'assemblées générales, internet,...). Je ne me suis donc pas contenté de reprendre à mon compte les publications d'autres auteurs. Même si j'ai pu parfois m'en inspirer et aussi vérifier certains aspects très complexes et pour lesquels j'ai des lacunes. Ce qui est porté dans les lignes qui suivent est l'exposé de ma vision des différentes races que j'ai pu approcher. A partir de là, nul doute que tout un chacun peut avoir une opinion radicalement opposée à la mienne. Si certains aspects comme la couleur ne peuvent pas trop porter à discussion, il en va tout autrement pour certains critères beaucoup plus subjectifs comme par exemple l'agressivité des abeilles.



















A tout seigneur tout honneur, je commence donc par ma race préférée, la mellifera mellifera, autrefois appelée mellifica mellifica, les apiculteurs la nomment couramment : abeille noire (à cause de sa couleur). C'est la race présente à l'origine en France et dans quelques pays voisins.  Correctement sélectionnée elle peut produire des colonies très populeuses. Elle ne "tient" pas le cadre (elle fuit facilement face à la fumée), caractère parfois gênant (pour manipuler les cadres) parfois bien utile (au moment de la récolte). Son agressivité n'est à mon sens pas un problème dès lors qu'elle est abordée avec les précautions nécessaires (équipement, enfumoir,...).
Sa langue est paraît-il plus courte que chez les autres races d'abeilles, on peut toutefois la voir butiner au côté des autres races dans les corolles les plus profondes comme celles de l'acacia. C'est aussi cette abeille qui me semble la plus stable dans le temps, notamment grâce à une faculté de renouvellement spontané de sa "mère" (dès lors qu'elle produit moins de phérormones), faculté que l'on appelle : anecbalie. Les abeilles de ces colonies démarrent spontanément un élevage royal, laissant se dérouler pour quelque temps à la naissance de la jeune reine une situation exceptionnelle au sein de la colonie : la présence simultanée de deux reines (la jeune et l'ancienne). Cet état transitoire (la jeune tuera assez rapidement la vieille...) s'appelle : supersédure.
Combiens de belles récoltes réalisées avec cette abeille !
C'est aussi là la championne des réserves dans le corps de ruche avec un stockage massif de pollen et de miel en bordure de couvain. Ajouter à cela une tendance peu essaimeuse (à moduler toutefois pour les colonies les plus fortes). A contrario il faut reconnaître qu'à la sortie de l'hiver la colonie met un certain temps à se développer comparativement à d'autres races comme l'Italienne.








Voici la mellifera ligustica, appelée couramment "Italienne" (du fait de son origine géographique) et plus vulgairement "jaune". C'est elle qui est véritablement à la base de la plupart des hybridations*2 réalisées par les apiculteurs (L'italo-américaine, les triples hybrides, les reines d'Hawaii, La Caucasite, la Chinoise, l'OFA*1,...) elle apporte dans ces hybridations son énorme potentiel de ponte (ndlr : et sa coloration). Elle est la championne toutes catégories de production de couvain. Elle en produit tant et tant, sans se "soucier" d'un quelconque équilibre avec les réserves de provisions, parfois jusqu'à ce que la colonie meurt de faim. Douce et essaimeuse c'est une abeille qui peut donner de bons résultats en croisement avec la noire (hybride F1), ceci étant dû notamment à l'effet d'hétérosis engendré par le croisement de deux races pures aux caractéristiques génétiques éloignées.








Il y a aussi la caucasienne (mellifera caucasica), une abeille à l'aspect grisé du fait de sa pilosité abondante. Elle provient du Caucase et sa douceur ainsi que sa tenue de cadre lui ont valu son heure de gloire autour des années 70-80 ; à cette époque les importations ont brutalement été suspendues du fait de l'arrivée du varroa dans son aire de reproduction d'origine. C'est aussi celle qui a la langue la plus longue... intéressant pour l'acacia. C'est elle qui a l'index cubital le plus proche de notre noire.

La carniolienne (mellifera carnica), parfois appelée Carniole. Son aire d'origine est située dans le Sud de l'Autriche. Il me semble qu'elle est reconnue pour ses qualités de nettoyage du couvain malade, elle est également d'une douceur sans reproche, en fait l'enfumoir est quasi-inutile !

La cécropia me paraît être une "variante" de la carniolienne.

Il y a bien entendu de nombreuses autres races d'abeilles mellifera, mais...je ne les connais pas ! (ou pas suffisamment).





Aujourd'hui la lignée qui a la faveur de beaucoup d'apiculteurs c'est l'OFA*1, cette abeille a été créée à partir de croisements de multiples races. C'est le frère Adam (1898 - 1996) de l'abbaye de Buckfast*4 située dans le Devon (Angleterre) qui a réalisé un travail considérable d'hybridation, allant chercher dans une multitude de pays des abeilles aux caractéristiques qui l'intéressaient. Il a réalisé cela afin de renouveler le cheptel déliquescent de l'abbaye de Buckfast du fait d'une épidémie d'acariose. Je pense qu'elle possède un patrimoine génétique majoritairement emprunté à l'abeille mellifera ligustica. C'est une belle abeille, prolifique et douce, mais je la trouve essaimeuse et peu adaptée aux récoltes de printemps. Elle pourrait sûrement convenir pour des floraisons estivales avec beaucoup de potentiel nectarifère (cas du tournesol, il y a quelques années). Les reines ne sont pas toutes de même couleur et  il faut bien comprendre qu'il ne s'agit pas d'une race mais d'une lignée.





Elle est très agréable à travailler et il est logique que les apiculteurs désireux d'avoir une manipulation facile de leurs colonies optent pour cette lignée qui semble toujours beaucoup promettre (mais pas toujours tenir).
Dans notre exploitation, par ces temps difficiles pour le développement des colonies de race noire, elle est toutefois bien utile pour réaliser des essaims artificiels.
































Beaucoup d'apiculteurs considèrent que la non sélection de leur cheptel (pas d'élevage royal sélectionné) constitué de plusieurs races conduit au fil des ans vers un retour de facto de leurs colonies en noires. Je ne partage pas cette opinion et observe plutôt un brassage continuel des gènes et un maintien d'une forte hybridation avec présence de gènes étrangers visibles par la persistance de colorations jaunes sur les tergites de l'abdomen.









On peut ainsi observer toute une gamme de coloration sur l'abdomen des abeilles, ce qui n'est pas la seule caractéristique à prendre en compte pour qualifier une race, loin s'en faut !



Une belle abeille noire de race pure.






Un petit début de coloration au niveau du premier tergite. Notez bien : c'est la signature d'une hybridation, il ne s'agit dès lors plus d'une noire mais d'une abeille hybride.








et la coloration jaune est de plus en plus présente au fil des photos...
















































Jusqu'à cette belle couleur jaune qui caractérise une Italienne de race pure.






 notes en regard de commentaires lus sur la toile :
Il y a beaucoup de passions qui s'expriment chez les apiculteurs dès qu'il s'agit des races d'abeilles, restons courtois ne prenons pas la mouche (à miel) !
Il n'est pas toujours facile d'évaluer la caractéristique essaimeuse des abeilles, tel apiculteur trouvera que sa colonie est essaimeuse car un essaim s'en échappe sitôt que la ruche manque de place, tel autre jugera que sa colonie n'est pas essaimeuse car il lui suffit de détruire les cellules royales. Sur le même cheptel, deux apiculteurs associés n'auront éventuellement pas la même vision, l'un sera déçu car le quart des colonies aura essaimé (quelle race essaimeuse !), l'autre sera ravi car 75 pour 100 des colonies n'auront pas essaimé (quelle race peu essaimeuse !), sans faire aucune manipulation particulière, malgré des conditions propices, tout est affaire de point de vue...
Bien entendu je ne laisse pas mes quelques colonie OFA essaimer, mais si je les laissais faire elles essaimeraient (elles élèvent des cellules royales), aussi je les considère essaimeuses. On notera aussi que les apiculteurs qui utilisent l'OFA sont souvent "très pointus" dans le  suivi de leur cheptel, ils renouvellent systématiquement leurs reines tous les deux ans et l'on sait que les jeunes reines essaiment moins, attention donc aux comparaisons et aux conclusions que l'on en tire.
Je précise que dans les pages d'apistory je ne porte pas de jugement mais je fais part de mes observations, ce n'est pas la même chose. En ce qui concerne la lignée OFA, mes observations portent sur des colonies (plus précisément : des reines) issus d'éleveurs de reines OFA reconnus (mes observations ne portent pas sur des colonies que j'aurais élevées à partir d'OFA). Je ne suis pas éleveur OFA et n'ai donc aucunement à en maîtriser l'élevage. Si je greffe à partir d'une colonie OFA c'est dans le but d'obtenir des colonies très populeuses que je divise par la suite suivant "la méthode en T", s'il peut m'arriver d'utiliser le terme de OFA pour les qualifier, c'est une erreur de ma part car il s'agit en définitif de colonies "mélibocage".
On admet aujourd'hui que pour obtenir une colonie OFA il convient de réaliser un élevage à partir d'une souche OFA, les reines devant se faire féconder dans un environnement saturé en mâles OFA (si je ne dis pas de bêtises, ce n'est donc techniquement pas très compliqué), il est bien possible en effet que le patrimoine génétique diversifié de cette belle abeille soit maintenu par l'apport génétique des mâles. Les OFA ont des caractéristiques communes mais aujourd'hui on peut également observer chez elles un large éventail morphologique et comportemental et il me semble qu'il y a peut-être eu  éloignement de la "recette" originale réalisée par ce grand homme qu'était le frère ADAM. Doué d'intuitions géniales, il était capable de visualiser par avance le résultat de ses travaux d'hybridations, on voit bien dans ses écrits qu'il avait en "ligne de mire" une abeille précise : son OFA.
Les apiculteurs éleveurs sélectionneurs capables de maintenir aujourd'hui "le cap" ne sont pas nombreux (ils sont vraiment doués et je leur tire mon chapeau... d'apiculteur) mais s'il fallait recréer une lignée à partir de la "recette" originale du frère ADAM, le nombre des apiculteurs compétents se compterait probablement sur les doigts de la main d'un toupilleur. L'OFA a réellement bouleversé la vie de beaucoup d'apiculteurs qui ne parvenaient pas (ou plus) à vivre de leur métier, par ce simple fait elle légitime sa présence. Ceci dit elle n'a pas bouleversé ma vie d'apiculteur car notre exploitation d'apiculture est toujours basée sur la noire, ce sont nos 1000 colonies noires (les reines sont noires, indépendamment des fécondations) qui assurent la production de miel du GAEC Mélibocage, ceci pour une raison simple : nous n'avons pas trouvé de (bonne) OFA qui soit plus productive que nos (bonnes) noires, il peut en aller tout autrement chez un autre apiculteur, "essayons de conserver notre calme"*3. Un point que je tiens à aborder ici c'est la notion de technicité (difficulté plutôt) dans le suivi d'un cheptel. Contrairement à ce qui est souvent dit, il est en fait beaucoup plus difficile qu'on ne le pense d'avoir de la noire correctement sélectionnée, à titre d'exemple si l'on prend en compte simplement deux critères comme le développement du couvain et la coloration, chez nous sur 1000 colonies pourvues de reines noires, seulement une trentaine passent la sélection et pourront être retenues pour passer au crible d'autres critères, au final il en reste entre 5 et 10 sur lesquelles on peut greffer. 5 colonies sur 1000 ! Il y a noire et noire et c'est peut-être là que réside l'incompréhension entre apiculteurs, n'en déplaise à certains la noire dont il est question ici (la noire correctement sélectionnée) est contemporaine de l'OFA. La sélection de la noire est particulièrement ardue, principalement du fait des fécondations de mâles porteurs de gênes "exotiques", et cela ne va pas aller en s'arrangeant, les lignées prolifiques comme l'OFA produisant une quantité impressionnante de mâles. Le cheptel apicole d'une région a ceci de particulier qu'il est en "interaction génétique", les mâles faisant fi des contraintes géographiques (source de conflits entre api là encore...). Fort heureusement ce travail considérable (et très complexe) est largement compensé par un suivi du cheptel grandement facilité (du moins chez nous, ne nous fâchons pas). Comprenez- moi bien : la noire n'est en rien une abeille idéale, c'est juste une abeille qui (pour ceux qui connaissent une noire correctement sélectionnée) fonctionne du tonnerre ! Il est toutefois beaucoup plus difficile d'avoir un bon cheptel en noires qu'un bon cheptel en OFA, la noire réclamant (contrairement à ce que l'on croit souvent) une très grande technicité qui n'est pas à la portée de tous.
Essayons de comprendre et respecter le point de vue de chacun, il n'est peut-être pas utile de déclarer que les apiculteurs qui élèvent de la noire sont des passéistes qui font de grosses bêtises, un peu de tact !

*4 Le terme Buckfast ne peut être utilisé comme dénomination d'une race d'abeille, en apiculture il fait référence au nom de l'abbaye où le frère Adam réalisait ses élevages de reines, c'est aussi une marque déposé pour les produits et services suivants : "élevage de reines, d'abeilles et plus généralement d'animaux. Reines, abeilles et plus généralement des animaux vivants. Ruches, appareils pour l'élevage des abeilles. Miel, pollen, gelée royale, propolis. Cire d'abeille. Livre apicoles et plus généralement livres, imprimés, journaux et périodiques.".  Dans un arrêt de la cour de cassation, chambre commerciale, 2 novembre 2011, on peut lire ceci : ..."buckfast" est le nom d'une souche d'abeilles métisses... un hybride... ce n'est pas une race mais une lignée qui n'a pas de résultat stable...

*1 pour simplifier dans cette page je place : "OFA" (origine frère Adam) pour parler de la lignée dont l'origine provient des travaux du frère Adam.

*2 Je précise également que j'utilise le terme hybride dans sa définition publiée dans le Larousse : "résultat d'un croisement entre deux variétés, deux races d'une même espèce ou entre deux espèces différentes".

*3 Lucius Malfoy, Harry Potter et l'Ordre du Phénix, Chapitre 34 : le département des mystères.

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